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CIDFF — Pour l’inscription du consentement dans la loi !

Les dis­cus­sions autour de la redé­fi­ni­tion pénale du viol et l’introduction de la notion de consen­te­ment agitent le débat public depuis déjà plu­sieurs années, et se sont retrou­vées sur le devant de la scène à l’occasion du très média­ti­sé pro­cès Péli­cot.  

Mais de quoi parle-t-on vrai­ment ? Que pour­rait chan­ger une modi­fi­ca­tion de la loi sur les vio­lences sexuelles ?   

Un peu d’histoire !  

La tra­di­tion juri­dique fran­çaise est très for­te­ment mar­quée par le Code civil napo­léo­nien de 1804. Gui­dé par une volon­té de prendre le contre­pied du mou­ve­ment éman­ci­pa­teur amor­cé dans le cadre de la Révo­lu­tion, le texte est pro­fon­dé­ment patriar­cal et consacre l’infériorité des femmes face aux hommes, décla­rant ces der­nières “sou­mises à leur époux”, dans toutes les sphères de leur exis­tence.  

Le code pénal de 1810 n’incrimine pas le viol en tant que tel, se conten­tant de condam­ner les “atten­tats à la pudeur”. C’est la loi du 28 avril 1832 qui pré­voit pour la pre­mière fois une infrac­tion spé­ci­fique, mais sans la défi­nir lais­sant au juge et à la doc­trine la res­pon­sa­bi­li­té de déter­mi­ner ce qu’était un viol. L’infraction visait alors « la conjonc­tion char­nelle d’un homme avec une femme, contre le gré ou sans le consen­te­ment de celle-ci« .  

Ain­si, pen­dant de nom­breuses décen­nies, la juris­pru­dence a consi­dé­ré que le viol n’était que la péné­tra­tion for­cée du sexe d’une femme par le sexe d’un homme. Il n’était rete­nu que lorsque l’homme avait fait usage de la vio­lence. Le viol n’était alors pos­sible qu’en dehors du mariage. Plu­sieurs évo­lu­tions, insuf­flées notam­ment par la mobi­li­sa­tion du mou­ve­ment fémi­niste, ont per­mis de recon­naitre et de cri­mi­na­li­ser le viol, aujourd’hui défi­ni comme “tout acte de péné­tra­tion sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte buc­co-géni­tal com­mis sur la per­sonne d’autrui ou sur la per­sonne de l’auteur par vio­lence, contrainte, menace ou sur­prise”.  

Le der­nier en date : le 23 jan­vier 2025, la Cour euro­péenne des droits de l’Homme a condam­né la France pour avoir pro­non­cé un divorce pour faute aux torts exclu­sifs d’une femme au motif qu’elle refu­sait des rela­tions sexuelles avec son mari, consi­dé­rant que cette consé­cra­tion ana­chro­nique du “devoir conju­gal” était incom­pa­tible avec l’article 8 de la CEDH (res­pect de la vie pri­vée et fami­liale). 

Aujourd’hui, où en est la loi sur le viol ? 

Dans notre code pénal actuel, le viol est défi­ni selon les cri­tères de “vio­lence, menace, contrainte et sur­prise”. Fruit d’une longue évo­lu­tion en grande par­tie moti­vée par la mobi­li­sa­tion de la socié­té civile sur ces sujets, la défi­ni­tion actuelle du viol a le mérite de poin­ter du doigt cer­taines stra­té­gies mises en place par l’agresseur. Elle com­porte tou­te­fois des limites et de nom­breuses situa­tions passent encore aujourd’hui sous les radars de la loi.   

En jan­vier 2025, les dépu­tées Marie Char­lotte Garin et Véro­nique Riot­ton ont dépo­sé un rap­port d’information par­le­men­taire sur la défi­ni­tion pénale du viol, rap­pe­lant le chiffre alar­mant des 73% de clas­se­ment sans suite des plaintes dépo­sées pour cette infrac­tion, alors même qu’environ 8 vic­times sur 10 ne portent pas plainte.   

Les deux dépu­tées ont dépo­sé, dans la fou­lée, une pro­po­si­tion de loi visant à modi­fier la défi­ni­tion pénale du viol en y inté­grant la notion de consen­te­ment. Le texte, sur lequel le Conseil d’Etat a ren­du un avis favo­rable le 6 mars der­nier, sera exa­mi­née en com­mis­sion des lois le 1er avril pro­chain.   

Changer la loi, mais pourquoi ? 

Nous en sommes convaincu·es, pour chan­ger de sys­tème, il faut d’abord chan­ger la loi. Il faut ins­crire dans le marbre qu’un rap­port sexuel non libre­ment consen­ti est un viol et que la zone grise n’existe pas. Céder ce n’est pas consen­tir.   

“Le consen­te­ment je l’ai pris de son mari”, avait décla­ré l’un des accu­sés du pro­cès Péli­cot pour sa défense. Le corps des femmes n’est pas à dis­po­si­tion des hommes. Le consen­te­ment n’appartient à per­sonne d’autre que soi.   

Faire évo­luer la défi­ni­tion pénale du viol doit per­mettre de chan­ger de para­digme. Il s’agit de remettre au centre la ques­tion du consen­te­ment.   

On ne peut pas comp­ter uni­que­ment sur la juris­pru­dence : faute de défi­ni­tion légale du consen­te­ment, la Cour de cas­sa­tion s’interdit d’harmoniser la juris­pru­dence des juri­dic­tions infé­rieures en fai­sant du défaut de consen­te­ment une simple « ques­tion de fait appré­ciée sou­ve­rai­ne­ment par les juges du fond ».  Ces inter­pré­ta­tions fluc­tuantes créent une insé­cu­ri­té juri­dique et un trai­te­ment dis­pa­rate des affaires de viol et d’agressions sexuelles sur le ter­ri­toire, entraî­nant ain­si un accès inégal des vic­times à leurs droits et une condam­na­tion hété­ro­gène des agres­seurs.  

Par ailleurs, modi­fier le code pénal pour inté­grer la notion de consen­te­ment com­porte un enjeu de confor­mi­té avec le droit inter­na­tio­nal, et notam­ment avec la Conven­tion d’Istanbul. Le rap­port Gre­vio, le rap­port de la CEDAW ain­si que la CNCDH demandent à la France d’opérer ce chan­ge­ment de légis­la­tion.  

Évi­dem­ment, chan­ger la loi ne résou­dra pas tout. C’est néan­moins un pre­mier pas. 

Pour­tant, des inquié­tudes et idées reçues quant à la pos­si­bi­li­té de cette redé­fi­ni­tion per­durent. 

Comment se mobiliser ? 

Le 1er avril pro­chain, la pro­po­si­tion de redé­fi­ni­tion pénale du viol sera exa­mi­née à l’Assemblée natio­nale.  

En amont des débats, mobi­li­sons nous lar­ge­ment devant l’Assemblée natio­nale pour faire entendre nos voix en faveur d’une redé­fi­ni­tion pénale du viol inté­grant la notion de consen­te­ment !  

RDV mar­di 1er avril à 17h devant l’Assemblée natio­nale !  

En atten­dant, vous pou­vez éga­le­ment inter­pel­ler vos élu·es locaux et les appe­ler à lut­ter véri­ta­ble­ment contre les vio­lences sexistes et sexuelles en votant favo­ra­ble­ment à la pro­po­si­tion de loi visant à inté­grer la notion de consen­te­ment dans la défi­ni­tion pénale des infrac­tions d’agression sexuelle et de viol.  

https://​fncidff​.info/​p​o​u​r​-​l​i​n​s​c​r​i​p​t​i​o​n​-​d​u​-​c​o​n​s​e​n​t​e​m​e​n​t​-​d​a​n​s​-​l​a​-​loi