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Consentement : le texte modifiant la définition pénale du viol débattu à l’Assemblée ce mercredi

Le Télé­gramme.

Les dépu­tés débutent mer­cre­di en com­mis­sion des Lois l’examen d’un texte trans­par­ti­san visant à modi­fier la défi­ni­tion pénale du viol pour y inté­grer la notion de consen­te­ment.

Comme « illus­tré » lors du pro­cès des viols de Mazan, la notion de consen­te­ment « est omni­pré­sente dans les débats socié­taux et tout au long des débats judi­ciaires tout en étant absente du Code pénal », constatent les dépu­tés Véro­nique Riot­ton (Ensemble pour la Répu­blique) et Marie-Char­lotte Garin (Eco­lo­giste). C’est pour cela qu’une pro­po­si­tion de loi trans­par­ti­sane a été dépo­sée à l’Assemblée.

Le texte, signé éga­le­ment par les pré­si­dents des groupes macro­niste et éco­lo­giste Gabriel Attal et Cyrielle Cha­te­lain, pro­pose « de com­bler ce silence de la loi en intro­dui­sant la notion de non-consen­te­ment dans la défi­ni­tion du viol et des agres­sions sexuelles ». Son exa­men débute ce mer­cre­di en com­mis­sion des Lois.

À qui la charge de la preuve ?

À l’heure actuelle, selon le Code pénal, le viol se carac­té­rise par « tout acte de péné­tra­tion sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte buc­co-géni­tal com­mis sur la per­sonne d’autrui ou sur la per­sonne de l’auteur par vio­lence, contrainte, menace ou sur­prise ». Sou­te­nue par le gou­ver­ne­ment, la pro­po­si­tion spé­ci­fie la notion de consen­te­ment pour per­mettre aux juges et enquê­teurs de mieux appré­cier son défaut.

Le texte, bien qu’écrit à l’issue d’une année de tra­vaux et audi­tions, a sou­le­vé d’importantes réserves. Une par­tie du monde judi­ciaire, comme le conseil de l’Ordre des avo­cats de Paris, ou des asso­cia­tions fémi­nistes, telle que Osez le fémi­nisme, se sont inquié­tés d’une pos­sible inver­sion de la charge de la preuve : revien­dra-t-il aux plai­gnants de prou­ver qu’ils ne sont pas consen­tants ? Une crainte balayée par le Conseil d’État dans un avis ren­du début mars, pour qui l’enquête ne sera « évi­dem­ment pas diri­gée vers le plai­gnant » mais « vers l’auteur ».

Curseur sur la victime ?

La haute juri­dic­tion admi­nis­tra­tive a émis une série de remarques rédac­tion­nelles, sug­gé­rant une for­mu­la­tion — « le consen­te­ment doit être libre et éclai­ré, spé­ci­fique, préa­lable et révo­cable » — assor­tie de pré­ci­sions sur l’interprétation du silence et de l’absence de résis­tance. Les deux auteures de la pro­po­si­tion ont dépo­sé des amen­de­ments pour « inté­grer ces modi­fi­ca­tions rédac­tion­nelles ».

Une poi­gnée d’élus socia­listes ont tou­te­fois dépo­sé des amen­de­ments pour s’opposer à cette réécri­ture. « Je suis très très cho­quée en tant que juriste qu’on défi­nisse un crime par l’attitude de la vic­time », s’indigne la dépu­tée socia­liste Colette Cap­de­vielle. « Le droit pénal, c’est d’abord défi­nir le com­por­te­ment d’un auteur, pas celui d’une vic­time. »

« La loi a aussi une vertu pédagogique »

La défi­ni­tion actuelle « n’empêche pas que les vic­times soient au cœur du débat, avec en plus une ins­tru­men­ta­li­sa­tion de la notion de consen­te­ment, qui est par­tout mais qui n’est pas clai­re­ment défi­nie », lui a rétor­qué Mme Garin. Le Ras­sem­ble­ment natio­nal « pour­rait voter contre », selon l’un de ses cadres, pour qui le pro­cès des viols de Mazan a mon­tré que la loi actuelle avait per­mis la condam­na­tion des agres­seurs.

Pour le bre­ton Erwan Bala­nant, dépu­té MoDem, en tant que juriste, « je dirais qu’on n’a pas vrai­ment besoin » de ce texte, « mais la loi a aus­si une ver­tu péda­go­gique ». La loi « a un rôle à jouer dans les efforts col­lec­tifs pour rem­pla­cer la culture du viol », défendent Mme Garin et Mme Riot­ton.

Selon elles, la « ter­mi­no­lo­gie uti­li­sée » dans la loi actuelle contri­bue au main­tien d’un sté­réo­type « sur ce qu’est une « bonne » vic­time — qui résiste, se débat, est exem­plaire dans son com­por­te­ment -, et un « vrai » viol — avec vio­lence et contrainte, par un monstre ou un étran­ger ».

AFP.

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